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La CFDT et les travailleurs immigrés dans « les années 68 » – La Solidarité et ses limites

STANGLER Cole, La CFDT et les travailleurs immigrés dans « les années 68 » – La Solidarité et ses limites, Maîtrise [Franck Georgi, Isabelle Lespinet-Moret], Univ. Paris 1 CHS, 2018, 204 p.

Pendant les « années 1968 », cette séquence de contestations inédite en France, la CFDT semble être la centrale syndicale la plus en phase avec les revendications des travailleurs immigrés. L’image est plus complexe qu’elle n’y paraît, car l’engagement de la CFDT est multiforme, déséquilibré, et parfois contradictoire. Si les leaders de la confédération s’intéressent pour la première fois, à la fin des années 1960, vers des problématiques liées à l’immigration, les immigrés eux-mêmes restent marginaux dans l’organisation syndicale. Malgré l’émergence d’un discours solidaire et antiraciste — les cédétistes sont par ailleurs plus reconnaissants de la spécificité de la condition immigrée que leurs rivaux de la CGT — cette sous-représentation perdure. La réalité est tout autre à l’échelle de l’entreprise où parfois les travailleurs immigrés adhèrent en masse à la CFDT. Toutefois, il faudra attendre 1970 pour qu’une véritable activité confédérale se développe dans ce domaine, au-delà des prises de position. Vers la fin des années 1970, la confédération d’Edmond Maire opte pour le « recentrage », mettant fin à son esprit de contestation et se tournant vers d’autres thèmes liés à l’immigration. Dorénavant, ce sont les questions de « l’identité culturelle » et de la « deuxième génération » qui seront privilégiées. Plusieurs pistes de recherche se dégagent de cette étude. L’une d’entre elles concerne le développement d’un milieu associatif parisien au début des années 1970 consacré à la cause immigrée, ainsi que la transmission de ses pratiques et de savoirs.

Les coups d’éclat d’André Courrèges. L’âge d’or d’une maison de couture française de 1961 à 1970

SABOURIN HARWOOD Alexandra, Les coups d’éclat d’André Courrèges. L’âge d’or d’une maison de couture française de 1961 à 1970, Maîtrise [Pascal Ory, Sophie Kurkdjian], Univ. Paris 1 CHS, 2018, 353 p.

Entre 1961 et 1970, l’histoire de la maison Courrèges traverse un âge d’or impulsé par son fondateur, André Courrèges. En tant qu’entreprise, elle parvient à répondre aux attentes et aux exigences de la société française des années soixante, au moment même où celle-ci connaît de profonds changements sociaux, économiques et politiques. André Courrèges réalise ainsi des coups d’éclat à la fois esthétiques, marketing et culturels. Pour construire sa marque, le couturier-ingénieur part du produit de mode. La création est le centre, la marque est le cercle. André Courrèges conçoit son entreprise comme la concrétisation des principes de l’école du Bauhaus appliqués à la mode : c’est une double lecture entre l’art et la philosophie. Dans une société où l’image prend de plus en plus d’importance et dans un système où la mode n’existe pas sans les médias, André Courrèges développe l’image de sa marque en cohérence avec une culture de masse propre aux années soixante en France. Celui-ci définit une stratégie marketing correspondant à sa philosophie. Étudier la maison Courrèges dans les années soixante c’est constater que la mode est le reflet d’une société. Ce travail entend montrer comment la marque se situe au carrefour d’évolutions, de mutations et de révolutions propres à la société française des années soixante.

RADIGUET DE LA BASTAIE Manon, « Sur mon honneur et avec la grâce de Dieu, je m’engage à servir de mon mieux Dieu, l’église et la Patrie », engagement scout, engagements résistants, les scouts de France dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale (1940 – 1945), Maîtrise [Fabien Théofilakis], Univ. Paris 1 CHS, 2018, 280 p.

« Sur mon honneur et avec la grâce de Dieu, je m’engage à servir de mon mieux Dieu, l’Église et la patrie… » – voici ce que prononce chaque scout et chaque guide lors de sa promesse. Comment cet engagement scout s’exprime-t-il à travers l’engagement résistant durant la Seconde Guerre mondiale ? Ce mémoire évoque les attitudes résistantes des Scouts de France entre 1940 et 1945 en France, dans l’Empire colonial français et à l’étranger. Il met en parallèle l’engagement scout et l’engagement résistant et lit l’acte résistant à la lumière du scoutisme. Les attitudes résistantes étudiées s’articulent autour de trois tournants majeurs de la guerre : l’armistice de juin 1940, le débarquement allié en Afrique et l’invasion de la zone sud en novembre 1942 et le débarquement allié en Normandie en juin 1944. La jeunesse scoute et résistante s’inscrit dans les schémas classiques de la Résistance : près de 5 % des individus rejoignent la France Libre en 1940, près de 6 % s’évadent ou tentent de s’évader en Afrique du Nord en 1942 ; face au STO, 6 % partent en Allemagne, 13 % rejoignent un maquis ou s’engagent dans des réseaux de renseignements, d’évasion et d’action armée. Après le débarquement de juin 1944, un jeune scout sur dix prend le maquis et près de 50 % des jeunes étudiés meurent meurt au combat entre le débarquement et la capitulation allemande au sein d’une combattante lors de la Libération du territoire. La question est posée dans ce mémoire de savoir si le scoutisme catholique a été un vecteur, un incubateur ou un retardateur d’engagement résistant entre 1940 et 1945.

La Tribune de l’Histoire, une nouvelle façon de raconter l’histoire à la radio (1951-1997)

PACAUD Capucine, La Tribune de l’Histoire, une nouvelle façon de raconter l’histoire à la radio (1951-1997), Maîtrise [Pascal Ory], Univ. Paris 1 CHS, 2018, 223 p.

En 1951, trois journalistes passionnés d’histoire ont imaginé un programme radiophonique innovant : le magazine de l’histoire. Plus tard, ce sont les dramatiques qui ont permis à La Tribune de l’Histoire de connaître un tel succès sur la durée, mais la dimension journalistique ne disparaîtra jamais de leur façon de présenter l’histoire. Durant quarante-six ans, cette émission fut façonnée par la personnalité de ses producteurs, mais aussi par les décisions des directeurs de programmes et les contraintes médiatiques auxquelles ils étaient soumis. Le mémoire dresse un panorama de l’histoire de l’émission en France, entre 1951 et 1997, puis analyse la « mise en ondes » d’un spectacle sonore de l’histoire qui est la signature de La Tribune de l’Histoire. Ce travail s’attache également à définir la vision de l’histoire qu’a véhiculée cette émission et à rendre compte du point de vue des historiens tant sur les approches historiques choisies que sur l’utilisation des médias. Enfin, cette étude montre le rapprochement entre les historiens universitaires et les médiateurs de l’histoire.